phusis

Castoriadis – L’imaginaire grec : Cosmos/ Chaos ; Nomos/Phusis

Avant d’en venir à la conception et à la pratique grecque de la démocratie (et de la polis), et afin d’approfondir la liaison qu’établie la philosophie castoriadienne entre l’imaginaire social, sa clôture et l’hétéronomie institutionnelle – et inversement entre la possibilité de sa rupture et le mouvement vers l’autonomie – il n’est pas inopportun de s’arrêter sur cet imaginaire grec, sur « leur vision du monde et de la vie humaine » dont Castoriadis affirme qu’elle constitue une « pré-condition essentielle [de] la création de la philosophie et de la démocratie »1. Il s’agit alors de voir de quelle façon les représentations instituées, contrairement à ce qui existait dans d’autres sociétés, ont pu permettre une pareille rupture de la clôture. Certes, d’un point de vue général, Castoriadis estime qu’aucune clôture représentationnelle et institutionnelle ne peut être absolue, ni donc entraîner l’inertie totale d’une société (sa reproduction à l’identique indéfiniment), et qu’à l’inverse aussi bien « la rencontre avec ce qui est », l’inéliminable insoumission de la « monade psychique » malgré la socialisation, ou encore le potentiel formel de mise en question toujours contenu dans le langage, sont autant d’aspects de la réalité social-historique qui laissent ouverte la possibilité pour toute société hétéronome non seulement de se transformer (possibilités effectivement réalisées), mais plus encore d’entamer une dynamique de rupture de la forclusion de leur imaginaire, d’auto-institution lucide et réflexive2… Néanmoins, si toute société est posée comme nécessairement historique, les possibilités inhérentes d’une société hétéronome (de ses membres) de s’ouvrir à certaines formes radicales de mise en question de l’institué sont ici à comprendre comme des possibilités « de droit », presque jamais réalisées dans les faits. Ce qui, loin d’être ici considéré pour fortuit, se réfère à la puissance d’(auto-)occultation que créent et développent les sociétés religieuses et traditionnelles à propos de leur propre origine, de leur activité d’auto-institution permanente3. Or, Castoriadis cherche justement à montrer en quoi les significations imaginaires constituant le monde grec implique une rigidité bien moindre dans la manière de concevoir le réel, et par là même étaient plus propices à la création conjointe de la démocratie et de la philosophie. (suite…)

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Castoriadis – L’imaginaire social ou la création d’un monde commun de significations

L’usage du terme d’institution par Castoriadis ne se limite pas uniquement à ce qu’il désigne dans son sens courant (école, sécurité sociale, tribunal, église, etc.…), mais englobe plus largement l’ensemble des manières-d’être instituées d’une société, considérant ainsi les langues ou les structures familiales comme des institutions, d’ailleurs parmi les plus fondamentales. Ces institutions sont dans cette optique inséparables des « significations imaginaires » spécifiques à chaque société, en tant qu’elles en sont les « incarnations »ou matérialisations dans le monde social; et ces significations imaginaires sont pensées par Castoriadis comme l’ensemble des mises en sens effectuées par l’imaginaire social, qui se déploie au sein des collectif d’individus, et à la condition duquel il peut y avoir individu et société. (suite…)