autogestion

Salaire à vie & hiérarchie des salaires…

Ce texte fait suite à l’article Revenu de base, universel, garanti… Quelle Révolution ?

Garantir un revenu à tous, de manière inconditionnelle, c’est aussi l’un des enjeux d’une proposition apparentée : celle du salaire à vie, défendu par le Réseau Salariat et son principal porte parole qu’est Bernard Friot1. Il se distingue pourtant largement des autres types de propositions de ce genre, puisqu’il vise aussi à une sortie du capitalisme… Il ne s’agit plus ici d’instaurer un revenu universel conçu comme un moyen de re-distribution des richesses, mais d’établir une autre forme de distribution de la richesse produite, en abolissant au passage l’accaparation de celle-ci par les possesseurs de capitaux : actionnaires, banques, et préteurs en tout genre qui financent la production en contrepartie de dividendes, d’intérêts ou profits. L’idée : garantir à tout individu majeur un salaire, qu’il ait ou non un emploi, et qui soit financé par une caisse des salaires, elle-même financée par une cotisation sociale élevée à 100 % de la valeur ajoutée… Autrement dit : abolir la « propriété lucrative »2. Que toute la valeur produite par une entreprise soit reversée à une caisse des salaires et une caisse d’investissement, gérées démocratiquement, qui redistribuent ensuite salaires et fonds d’investissement à chacun et à chaque entreprise3. Et donc, du même geste, faire que l’investissement soit non seulement dépendant d’une logique politique établie démocratiquement plutôt que d’une logique financière visant le profit, mais aussi qu’il ne soit plus à crédit, puisque financé par la cotisation. Notons aussi qu’en supprimant les profits et rentes que s’accordent aujourd’hui les investisseurs, c’est 15 à 20 % de la valeur produite que l’on récupère, et qui peuvent servir à l’augmentation des investissements, des salaires ou au financement des infrastructures et services publics… (suite…)

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Egalité des chances et méritocratie : justifier les inégalités, résigner les dominés…

« Le régime nouveau sera une hiérarchie sociale. Il ne reposera plus sur l’idée fausse de l’égalité naturelle des hommes, mais sur l’idée nécessaire de l’égalité des « chances » données à tous les Français de prouver leur aptitude à « servir ».

Seuls le travail et le talent deviendront le fondement de la hiérarchie française. Aucun préjugé défavorable n’atteindra un Français du fait de ses origines sociales à la seule condition qu’il s’intègre dans la France nouvelle et qu’il lui apporte un concours sans réserve. On ne peut faire disparaître la lutte des classes, fatale à la nation, qu’en faisant disparaître les causes qui ont formé ces classes, qui les ont dressées les unes contre les autres. »

Discours de Pétain, 11 octobre 1940

Nombres d’apologues de l’idéal républicain de l’égalité des chances ignorent sûrement que la quasi-unanimité de leur position s’étend jusqu’à trouver chez Pétain un allié. Il se trouve pourtant dans cette façon de présenter la chose le parfum d’une vérité démaquillée, l’éloquence d’une franchise assumée, et par conséquent les éléments à même de rendre compte de l’efficace sociale que vise la hiérarchisation au mérite : asservir, et faire disparaître la lutte des classes. (suite…)

Castoriadis – L’autogestion de la production… et de la société

Au-delà de l’aliénation que représenterait la domination de la pseudo-rationalité économique sur le débat politique, et que Castoriadis dénonce comme telle en faveur d’une publicité réelle de la sphère politique et de ce qui la concerne, le projet d’autonomie, en tant que projet d’abolition de toutes dominations instituées de certains groupes ou classes de la société, ne consiste pas seulement à dénoncer le caractère idéologique d’une économie prétendument rationnelle, mais encore et surtout à exiger l’autonomie individuelle et collective y compris au sein de la sphère privée/publique en tant que telle – soit à revendiquer l’autogestion de la production. En d’autres termes, l’exigence de liberté que formule Castoriadis n’est pas restreinte au domaine strictement politique ; ce n’est pas qu’en tant que citoyens que les individus doivent être libres et égaux, mais encore en tant que travailleurs. C’est là l’une des créations sociale-historique du mouvement ouvrier qui inspira largement Castoriadis – et c’est dans ce cadre-ci, plutôt que dans celui de l’analyse de la polis athénienne, qu’il formula tout d’abord sa conception de la liberté et de l’égalité. (suite…)